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Les Presses universitaires de Rennes publient un livre passionnant qui évoque 120 chantiers considérés comme les plus importants des trois dernières décennies.
Comment est né cet ouvrage, que vous avez coordonné avec Charles Tanguy-Le Roux et Cyril Marcigny ?
En 1982, nous avions fondé, à quelques-uns, la Revue archéologique de l’Ouest. Pour ses 30 ans, on s’est demandé ce que l’archéologie, financée sur fonds public, pourrait rendre au public. L’idée est venue de faire un livre, plus accessible, pour présenter les plus beaux sites de l’Ouest. Pour chaque période, nous avons sélectionné les découvertes qui ont modifié la façon de voir les choses ou ont ouvert des champs thématiques nouveaux. Finalement, on arrive à 120 notices et 300 pages !
Les écrits sont importants pour les archéologues.
Oui, l’archéologie étudie une matière qui disparaît. En démontant un site, vous le détruisez ! D’où l’importance de publier, pour que les données restent disponibles. Si les informations ne sont pas retranscrites, il ne reste rien, une fois qu’on est passé.
Si les sites disparaissent, est-ce que l’archéologie a de l’avenir ?
La matière archéologique s’épuise dans les sites urbains. Pendant longtemps, les époques successives ont bâti les unes sur les autres. Mais les modes de construction d’aujourd’hui vont en profondeur, éradiquent tout. Il y a beaucoup de villes où il sera difficile de reconstituer l’histoire. Dans les campagnes, en revanche, il y a encore beaucoup de sites à découvrir.
On connaît l’archéologie surtout par les pièces exposées dans les musées.
Les beaux objets, ce n’est pas le quotidien de l’archéologue et ce n’est pas le but de l’archéologie. Le but est d’être capable de retracer l’occupation d’un lieu. C’est l’étude de la civilisation matérielle : le paysage, l’habitat, la tombe. Qu’est ce que le matériel nous apprend sur l’homme ?
Quel est le message de ce livre ?
Nous avons voulu expliquer le métier, pourquoi avant des travaux on fait passer des archéologues… La présentation de ces découvertes peut aussi aider à se situer dans le temps. La culture actuelle est souvent à court terme. La plupart de nos références sont relativement récentes. Pourtant, notre héritage vient de très loin.
Avez-vous des exemples ?
La plupart de nos métropoles étaient déjà des villes à l’époque romaine ou gauloise. Beaucoup d’axes routiers ont des tracés qui datent de l’époque romaine. Mais il y a aussi des ruptures. À l’époque gauloise, c’est Jublin qui était la capitale de la Mayenne, pas Laval !
Sur les 120 sites, y en a-t-il qui vous touchent particulièrement ?
Le plus ancien, Menez Dregen, sur une falaise du Finistère, est peut-être le plus émouvant. On a trouvé des foyers datant de - 465 000 ans. C’est le début de la conquête du feu. Un peu plus haut, trois autres foyers ont été découverts, datant de - 380 000 ans, soit 85 000 ans plus tard. Ainsi, pendant toute cette période, des gens ont fréquenté cet endroit.
Sur le terrain avec les archéologues, PUR, 29 €.