Partir à la chasse aux antiquités à l’aide d’un détecteur de métaux est puni par la loi. Deux affaires de pillage archéologique ont été révélées par les directions régionales des Douanes et des Affaires culturelles. Elles portent sur plus de 1 000 pièces.

Une partie du trésor numismatique saisi par les Douanes. PHOTO DNA - Michel FRISON
Des pièces de monnaie qui remontent allégrement les siècles, depuis l’époque gauloise jusqu’au Moyen Âge en passant par la période romaine. Des objets en bronze qui racontent la vie au quotidien en ces temps lointains : fibules, épingles, bagues, cuillers, broches, éléments cultuels comme des statuettes du dieu Mercure ou de petites cloches en bronze…
Si la plupart des 1 000 objets saisis par les services des Douanes proviennent de la région, ils ne s’y limitent pas pour autant : on trouve ainsi des monnaies grecques, des pointes de flèches et céramiques d’Afrique du Nord ou encore des silex préhistoriques de la Dordogne.
Des dégâts irréversibles pour la compréhension de l’histoire d’un site
Un corpus archéologique hétéroclite sur lequel travaillent encore les spécialistes de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) afin de pouvoir dater et identifier tous ces objets. Une bonne part a été présentée à la presse, hier matin, par Christine Durringer, directrice régionale des Douanes et Droits indirects, et Christian Nègre, directeur adjoint de la DRAC.
Ces objets proviennent de saisies liées à deux affaires distinctes, même si elles sont toutes les deux localisées dans le Bas-Rhin. La première porte sur un individu repéré par les services des Douanes pour les trafics d’objets archéologiques auxquels il se livrait sur des sites de vente en ligne. Lors d’une perquisition effectuée le 28 novembre 2017, les agents des Douanes trouveront à son domicile 634 objets, allant de 4 500 av. J.-C. à l’an 300 de notre ère. Le tout pour une valeur de 52 000 €.
La seconde affaire est plus récente : le 3 mars dernier, la fouille d’un véhicule débouche sur la découverte d’un couteau, d’un poignard et d’une baïonnette. « L’homme prétendra revenir d’une bourse aux armes anciennes. Mais nos agents découvriront chez lui un important stock de 528 pièces anciennes et de fibules pour une valeur estimée à 120 000 €», indique Christine Durringer, qui met en lumière l’expertise apportée par les ingénieurs et conservateurs de la DRAC pour qualifier l’infraction douanière.
Certes, la totalité des pièces saisies dans ces deux affaires ne provient pas nécessairement de fouilles illégales effectuées dans la région à l’aide de détecteurs de métaux. Mais qu’une bonne part en soit néanmoins issue est un fait avéré compte tenu de la nature même de certains de ces objets.
Une pratique qui relève du pillage archéologique puni par la loi. « Récupérer des objets frauduleusement soustraits sur un site ne répare pas le mal qui a été commis. Les pilleurs nous privent de la connaissance nécessaire à la compréhension d’un habitat, de l’histoire d’une agglomération, d’un lieu… Les dégâts sont alors irréversibles », expliquait hier un agent du service archéologique de la DRAC.
Avec quelque 68 000 sites répertoriés sur l’ensemble du Grand Est (« Et on doit être à 10 % du potentiel archéologique », précise Christian Nègre), il est évidemment impossible d’assurer une surveillance de tous les instants. Rappelons cependant que l’utilisation d’un détecteur de métaux en pleine campagne est interdite sans une autorisation administrative préalable – et là, il faudra justifier de ses intentions…
Pour ne pas avoir respecté la loi, les deux individus encourent chacun, au pénal, jusqu’à sept ans d’emprisonnement et une amende de 100 000 €. Ainsi qu’une amende de 7 500 € au titre de la violation d’un article du code du patrimoine. Au total, cela fait cher l’antiquité.
Source : https://c.dna.fr/culture/2018/03/28/importante-saisie-d-objets-archeologiques
(Dernières Nouvelles d'Alsace)