Rarement objet céleste aura suscité autant de vénération et de crainte!
C’est la comète et particulièrement la comète de Halley dont la première mention est Zuo Qiuming, lettré, contemporain de Confucius, en 611 av JC. En 87 avant notre ère, l'observation de 1P/Halley fut interprétée par le roi arménien Tigrane comme un signe l'incitant à consolider son pouvoir. Il entreprit alors d'étendre le royaume arménien, s'engageant dans des batailles contre les Romains et devenant connu sous le nom de Tigrane le Grand, roi des rois.
Classical Numismatic Group, Inc (Wikimedia Commons)

L’astronome britannique Edmond Halley (1656-1742) a été le premier à avoir déterminé la périodicité de la comète de 1682, qu'il fixa par calcul à 76 ans environ. Lors du retour de cette comète en 1758, elle fut baptisée de son nom. C'est l'une des rares comètes qui portent un autre nom que celui de son découvreur.
Une comète est un corps du nuage d’Oort aux confins du système solaire en orbite elliptique extrêmement allongée autour du soleil ou attiré une seul fois par le soleil qui par effet de fronde l’expulsera du système solaire selon une courbe parabolique ou hyperbolique.
Lors de son premier vol documenté, en l'an 837, la comète de Halley avait frôlé la planète Terre de cinq petits millions de kilomètres, un cheveu dans l'espace intersidéral. En cette époque marquée par les raids vikings et la renaissance carolingienne, ce devait être l'objet le plus brillant du ciel, éclipsant même Vénus! Et pourtant, aucune panique, aucun mouvement de foule n'a été rapporté par les chroniqueurs de ces temps superstitieux. Non, pour atteindre la psychose de la fin du monde, il faudra attendre… 1910.
La comète de Halley est revenue plusieurs fois depuis 847. Aperçue par les soldats de Guillaume le Conquérant en 1066 et considérée comme un signe prémonitoire de sa conquête victorieuse de la Normandie, elle a été représentée sur la fameuse tapisserie de Bayeux.
La scène n°32 de la tapisserie de Bayeux (entre 1066 et 1083) représente des hommes qui observent la comète de Halley en 1066

On attendait fébrilement la comète de Halley pour avril 1910 et la voilà en avance en janvier !
Mais non, c’était en fait une autre grande comète baptisée ‘C/1910 A1’ que l’on reverra peut-être dans 4 millions d’années.
Vue de la comète ‘C/1910 A1’ depuis l’observatoire Lowell en Arizona.(Wikipedia)

Et décidemment l’année 1910 commence sous de mauvais auspices : la spectaculaire crue centennale de la Seine, qui atteint 8,62 mètres à Paris à la fin du mois de janvier 1910, est en partie attribuée aux «dommages collatéraux» causés par cette comète.
Crue de la Seine de Janvier 1910 (leparisiendunord.com)

Mais d’où vient donc cette peur de la comète ?
Quelques années plus tôt, en 1893, Camille Flammarion, astronome et écrivain français, avait publié un roman d'anticipation, La Fin du monde, qui imagine la Terre percutée par une comète.
Illustration intérieure du roman (wikipedia)

Mais il ne croit pas dur comme fer que son scénario se matérialisera. «Ces pronostics ne doivent pas, toutefois, tourmenter (inutilement d'ailleurs) les esprits inquiets», a-t-il cru bon de préciser. Trop tard. Le mal est déjà fait et la presse à sensation va jeter de l'huile sur le feu, malgré les démentis ajoutés par d'autres scientifiques.
À un cheveu du désastre
‘ Camille Flammarion n'a pas repoussé d'une manière absolue l'hypothèse de la destruction de notre monde par une collision céleste’ écrit un journaliste du Petit Parisien le 19 janvier 1910. À propos de la comète de Halley, il examinait la possibilité de cet incident. La combinaison de l'oxygène de l'atmosphère terrestre avec l'hydrogène de la queue de la comète aurait pour effet de nous étouffer en quelques instants. Drôle de prémonition de la part d'un homme de science… Lequel, certes, avait un penchant pour le paranormal.
Par télégraphe, la panique tricolore se déverse outre-Atlantique dès le 6 février. Des quotidiens sérieux comme le New York Times ou le Washington Post ont relayé la prédiction funeste de Camille Flammarion. On murmure que la «chevelure» de la comète de Halley contiendrait des gaz toxiques, notamment du cyanogène, capables d'éteindre la vie sur la Planète bleue.

Malgré les réfutations d'observatoires réputés, des Américains paniqués se précipitent dans les magasins pour acheter des masques à gaz, bouchent leurs trous de serrure avec du papier, se terrent dans des caves ou des puits souterrains. Et pendant ce temps, la comète continuait son approche vers la Terre à 190.000 km/h.
«Apocalypse Now»?
Fin mai 1910, les Terriens retiennent leur souffle lorsque la lueur fatidique éventre le ciel. Les journaux du monde entier suivent sa trajectoire, en se demandant si, oui ou non, la Terre serait balayée par la queue du météore. Dans les villages superstitieux, on fait brûler des cierges en scrutant le ciel avec appréhension. On se tasse nerveusement sur les bancs des églises. Des Américains crédules se laissent même abuser par des vendeurs à la sauvette qui offrent des «pilules anticomètes» bourrées de sucre et de quinine.
Quoique marginales, des scènes similaires se manifestent ailleurs sur la planète. Les collines de Mexico sont couvertes de crucifix, les églises de Saint-Pétersbourg pleines de fidèles apeurés. Un chœur de croyants s'élève sur la place Saint-Pierre de Rome, poumon de la chrétienté. Des Sud-Africains s'enferment dans les mines souterraines.
Au soir du 18 mai 1910, les Parisiens se couchent sans savoir s'ils vont se réveiller. Et puis le lendemain, au petit matin… Rien n'a changé. Les immeubles, les maisons, les nains de jardin sont encore là. «Elle nous a… frôlés et nous ne sommes pas morts», souffle Le Petit Parisien dans son édition du lendemain. Ouf. Alors la vie a repris son cours.
«La comète de Halley: les toits de Paris transformés en observatoires»: Le Petit Parisien, le 15 mai 1910. | Collection privée / Leemage via AFP

On attendait cette comète depuis 76 ans et en 1909 et 1910, c’est une explosion de marques à l’effigie de la comète :


Machines à boucher les bouteilles



Le bon marché en profite pour une bonne pub.

Dès 1906 Mills Novelty Co et Caille développèrent une roulette dédiée à la comète Halley,

Il est surprenant de constater que la mise était de 25 centimes quand les mises autorisées en France n’étaient que de 5 ou 10 centimes à cette époque. Sans doute une machine mise à jour après 1927.
La Comète de Caille avec une version à 3 voies

et une autre à 5 voies

Paupa & Hochriem, autre constructeur d’outre-Atlantique commercialisa aussi une machine à ce nom en 1910.
Il n’y avait pas de jetons spécifiques à ces machines mais après 1927, lorsque les jetons de 25, 50 et 75 centimes furent utilisés, Louis Loubet développa une roulette spectaculaire en 1937.
100 ans de machine à sous – Jean Lemaître (2008) p.121 :
Ce n’est plus un disque qui tourne mais une sphère, peinte aux couleurs classiques ; une étoile, descendue du ciel, arrête celle-ci et si la mise est bonne un jeton tombe dans la coupelle, le tout dans un fracas infernal.

Avec des jetons spécifiques de 50 centimes et de 75 centimes :
Plus récemment, les grandes comètes (celles qu’on peut voir à l’œil nu dans toute leur splendeur) contemporaines sont rares. C’est tout petit garçon que j’ai vu la comète West en 1976. Mon père féru d’astronomie nous leva à 4h du matin et c’est avec force explications sur la mécanique céleste et les légendes liées aux comètes que nous observâmes jusqu’à l’aube cet immense panache.

En 1986, j’attendais avec impatience le retour de la comète Halley. Las elle est passée au plus près du Soleil le 9 février, mais se trouvait de l’autre côté du Soleil par rapport à la Terre et était donc invisible. C’est en avril 1986 qu’elle était le plus proche de la Terre mais elle n’était alors visible que de l’hémisphère sud.
Photographie depuis l'île de Pâques en 1986 (wikipedia)

Et pour finir cette présentation, le dernier évènement marquant concernant les comètes fut le projet Deep Impact en 2005. Il s’agissait de percuter la comète ‘Tempel 1’ et d’analyser le nuage de particules ainsi vaporisé. L’explosion fut beaucoup plus importante que prévue et les appareils photos de la sonde furent aveuglés 😊
L’observatoire astronomique du Vatican relate cet événement et une pièce commémorative est émise avec une comète.
The impact of comet Tempel 1 in 2005 (NASA)

La même année, le Vatican émet la pièce commémore les 20ᵉ Journées Mondiales de la Jeunesse à Cologne.

On y voit la cathédrale de Cologne survolée par une « comète ».
Mais cette étoile avec traînée fait en réalité référence à l’étoile des Rois mages (étoile de Bethléem), très liée à Cologne car sa cathédrale abrite le reliquaire de ‘La Châsse des rois mages’.
De Cologne on retiendra le ‘Kohn concert’ de Keith Jarrett, le disque de piano solo le plus vendu de tous les temps, qu’on trouve partout pour pas cher, dont les fameuses premières notes étaient celles entendues dans cette salle de concert , sorte de jingle d'avertissement pour le public, donc si le public rit à l'écoute du début , c'est que tout le monde a remarqué de quoi il s'agissait, c'est une base d'impro comme une autre, et qui deviendra tellement célèbre grâce au génie de Jarrett !

Lors d’une visite au salon leader mondial des produits alimentaires à Cologne, je me souviens au centre ville d’un immense bar à bière avec son unique mur pour évacuer les incroyables quantités de boissons ingurgitées par les clients et du génie allemand à l’entrée de cette immense foire industrielle. Il y avait tant de monde à l’entrée qu’une queue s’était naturellement établie ondulant comme un serpent, sans barrières pour la canaliser, sans que jamais personne ne songe à couper la file ; on imagine en France un amas en train de pousser ; c’était comme lorsque en voulant traverser une rue sans voiture je voyais les allemands attendre que le feu piéton passe au vert et que du coup j’hésitais aussi à traverser. Mais le génie allemand a ses limites, pour le vol de retour j’avais rejoint l’aéroport en avance pour ne pas revivre une soirée alcoolisée mais une malencontreuse panne informatique bloquait tout enregistrement. Des dizaines de minutes s’écoulaient sans un murmure dans les files d’attentes. Seule une annonce en allemand invitait régulièrement à patienter. Voyant que si ça continuait mon avion partirait sans moi, j’enjambai discrètement la fine barrière et m’avançai vers le comptoir. Aussitôt deux solides gardes armés, presque patibulaires, peu formés à la langue anglaise m’encadrèrent et, après avoir battu mes bras en forme d'ailes pour expliquer que mon avion allait partir, m’escortèrent vers mon salvateur avion qui n’attendait plus que moi pour décoller. Mais je m’égare, de quoi parlait-on ? Ah oui, revenons à la comète.
C’est en 1301 que le peintre italien Giotto aurait observé la comète de Halley dans le ciel en Italie. Quelques années plus tard, il la fit vraisemblablement apparaître sur sa fresque L'Adoration des Mages, en revisitant ainsi l'iconographie de l'étoile de Bethléem.
L'Adoration des Mages, Giotto (Wikimedia Commons)

C’est bien cette iconographie qui est reprise sur la pièce commémorative des JMJ de 2005.
Sources :
Collision et apocalypse: en 1910, la comète de Halley (Slate.fr)
Halley's Comet: Collisions with history (sciencemuseum.org.uk)

