Créée par la Monnaie de Paris, la pièce à l’effigie de Gustave Eiffel est la première monnaie de collection à embarquer une puce NFC. Deux années de R&D ont été nécessaires à l'institution pour surmonter les défis techniques prévus à son intégration. Commercialisé le 27 novembre, le produit engage la transformation numérique de l'entreprise née il y a plus de 1 150 ans.

Si la collection Gustave Eiffel est disponible en or et en argent, seule la version en argent de 41 mm de diamètre est proposée avec une puce NFC.
Côté pile, une représentation de la tour Eiffel entourée d’ouvrages et d’inventions. Côté face, la trombine de leur créateur, Gustave, dont le nom symbolise la France aux quatre coins du monde. Frappée dans les ateliers parisiens de la Monnaie de Paris à l’occasion des 100 ans de la mort de l’ingénieur-industriel, la pièce est bien plus moderne qu’elle n’y paraît.
«C’est une première mondiale», assure Nicolas Dumont, directeur marketing et communication de l’institution, en faisant référence à la puce NFC dissimulée sous la pastille bombée en résine rouge, au coeur de la pièce. «Nous avons combiné ce qui fait l’histoire de la Monnaie – sa mission patrimoniale et commémorative – avec une technologie qui est forte aujourd’hui et le sera encore plus demain.»
Certificat de propriété numérique dans la blockchain
Né il y a plus de deux ans, le projet a consisté à transformer un produit inerte en objet communiquant. «Le propriétaire de la pièce flashe un QR code qui sert de tutoriel, puis approche son smartphone à proximité de la puce NFC dans la pièce pour demander son certificat numérique et accéder à des documents privilégiés comme des plans d’archives, des photos ou des vidéos qui expliquent la genèse du dessin et du produit», présente Audrey Duteil, cheffe de produit.
Surtout, la pièce intelligente propose aux numismates un nouveau système d’authentification. «Elle inclut un certificat numérique de propriété», continue-t-elle. Au traditionnel papier s’ajoute un code numérique infalsifiable hébergé dans la blockchain. «Lorsque le vendeur cédera la pièce, il fournira à l’acheteur l’intégralité des informations du produit et son titre de propriété. En cas de vol, la puce pourra même être bloquée», indique Julien Sabouret, chef des collections.
Des composants fournis par STMicroelectronics
Inaugurée avec la collection Gustave Eiffel, la technologie intégrée dans la pièce vendue en argent (une version en or est dépourvue de puce) a nécessité plus de 2 000 heures de R&D avant d’être pressée dans les ateliers parisiens et parachevée dans ceux de Pessac (Gironde). «Personne n’y croyait», se rappelle Pascal Rencker, chef du département innovation R&D.
Même STMicroelectronics, le fournisseur des composants électroniques, était pessimiste. «La technologie NFC fonctionne bien lors d’un paiement sur un terminal intégrant un amplificateur avec une grosse antenne mais là, on devait intervenir sur une surface très réduite, avec zéro source d’énergie supplémentaire, et surtout, avec un métal qui bloque les fréquences», explique le chef de l’innovation.
Antenne sur mesure et résine spéciale
La solution élaborée par les ingénieurs R&D a abouti à une puce raccordée à une antenne développée sur-mesure, des complexes isolants et un scellement en résine spéciale. «La combinaison de tous les paramètres et leurs procédés de mise en œuvre constituent la véritable prouesse de cette invention, la première au monde dans le domaine NFC sur des diamètres aussi petits (12 mm) et sur des monnaies métalliques», affirme Pascal Rencker.
Brevetée, la solution ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire de la plus ancienne entreprise du monde. Si la technologie n’a pas vocation à équiper toutes les futures monnaies à cause du surcoût qu'elle engendre, elle permet en tout cas à la Monnaie de Paris d’engager sa transformation numérique, sans renier ses origines.