Le musée d’Aquitaine présente le plus grand trésor gaulois en or de France, enrichi de plusieurs pièces. Enfoui au IIe siècle avant JC, découvert en Libournais il y a 130 ans, il livre des secrets mais réserve encore quelques mystères
Tout augmente, c’est connu, mais le musée d’Aquitaine, à Bordeaux, ne se plaindra pas de l’inflation de son trésor de Tayac, qui vient de s’enrichir de plusieurs pièces remarquables, toutes frappées par nos prédécesseurs les Gaulois, il y a plus de 2 100 ans. Grâce aux dépôts des musées d’Archéologie nationale (MAN) de Saint-Germain-en-Laye et de Saint-Raymond de Toulouse, le site bordelais améliore sa collection qui passe d’une trentaine à 78 pièces d’or. Et si les Celtes nous ont laissé beaucoup de monnaies en bronze, « c’est le plus grand trésor en or gaulois connu en France », resituent Laurent Védrine, directeur du musée d’Aquitaine et Rose Marie Mousseaux, directrice du MAN, venue contempler la collection installée depuis quelques jours.
À l’époque, pas de monopole d’État : le propriétaire empoche tout et s’empresse d’en vendre une partie à des bijoutiers bordelais »
Dispersion et successions
Le trésor originel était pourtant bien plus gros, mais il s’est dispersé avec le temps, comme dans le chaudron percé d’Astérix. En 1893, dans le bourg de Tayac, près de Saint-Emillion, un agriculteur découvre en arrachant des vignes deux vases enfouis sous terre. À l’intérieur, 325 pièces (certains disent 500, on ne saura jamais), 73 petits lingots, un torque (parure celte) et d’autres curiosités, le tout en or plus ou moins pur. À l’époque, pas de monopole d’État : le propriétaire empoche tout et s’empresse de vendre une partie à des bijoutiers bordelais, qui fondent les reliques pour en faire des babioles à la mode. Le reste est bradé, hérité, perdu et, depuis 130 ans, les pièces de Tayac réapparaissent, parfois à l’occasion de successions, ou dans les musées de France, Suisse, aux États-Unis…
L’État a ainsi acquis récemment – aux enchères de Drouot – 21 nouvelles pièces. L’idée a germé de les réunir aux collections des trois musées et d’exposer le tout ici. « Ça illustre l’idée d’un trésor patrimonial, commun et public », disent les conservateurs, qui précisent que les nouvelles pièces sont en dépôt à Bordeaux, pour une durée de cinq ans renouvelable – car l’État ne donne jamais ses objets, il les prête.
Que trouve-t-on dans ce trésor renouvelé ? Un ensemble unique de ce qu’on qualifiera de créations originales : toutes frappées par les Gaulois, qui ont ramené l’art de battre monnaie de Grèce, où ils servaient comme mercenaires. La majorité des pièces en or sont des statères de 7 à 8 g, « sur le modèle créé par Philippe de Macédoine, père d’Alexandre le Grand ». Au droit, un profil apollinien classique, de dieu ou de roi. Au revers, un conducteur de char. Mais la variété des styles révèle plusieurs origines, de peuples de plusieurs régions de la Gaule.
« Beaucoup ont été frappées par les Santons, basés dans l’actuelle Charente-Maritime, qui dominaient la rive droite de la Garonne, expose Vincent Mistrot, responsable de la collection protohistorique du musée d’Aquitaine. D’autres statères sont signés des Eduens (Bourgogne), des Ambiens (Somme), Vénètes (Bretagne). Tous attestent de la puissance « régalienne » de ces peuples, leur structuration politique, avant la conquête des Gaules par César.
« Le trésor nous renseigne sur les zones d’influence, les frontières politiques, il permet de tracer une nouvelle cartographie de nos ancêtres »
De quand date ce trésor ?
« Les pièces les plus anciennes sont du IIIe siècle av. J.-C. et les plus récentes de la fin du IIe. » La numismatique permet de situer l’enfouissement « entre 120 et 80 av. J.-C. ». À cette époque, Lacoste, à 12 km de Tayak, était un carrefour commercial bien plus gros que le site de l’actuelle Bordeaux, « simple comptoir santon » marécageux. Et les Bituriges, qui allaient fonder Burdigala, n’étaient pas encore arrivés. « Le trésor nous renseigne sur les zones d’influence, les frontières politiques, il permet de tracer une nouvelle cartographie de nos ancêtres. »
Vœux et offrande
Pourquoi a-t-il été enterré ?
« La monnaie d’or ne servait pas au commerce. Enfouir une telle richesse a une signification probablement votive, religieuse. Peut-être une offrande, par un roi des aristocrates, à une divinité. » Dans un temple, par Toutatis ? « Les fouilles sur place n’ont pas relevé de bâti. » Un sanctuaire en plein air, par Bélénos ? « C’est possible. » Même fonction religieuse pour le torque (761 g), pièce maîtresse du lot. Ce collier en or massif est trop lourd pour être porté. « Il était peut-être posé sur une statue féminine. » Une déesse, par Bélisama ?