Joaquin Jimenez est le graveur général de la Monnaie de Paris. Il dessine les pièces présentes dans nos portefeuilles, mais aussi des monnaies et des médailles de collection.
Joaquin Jimenez est à la tête de la Monnaie de Paris depuis plus d'une dizaine d'années
Souvent dans nos poches ou dans nos portefeuilles, les pièces de monnaie s’échangent et vont de main en main. Pourtant, leur secret de fabrication est méconnu du grand public. De longues étapes sont nécessaires pour les confectionner. Derrière tout ce processus de création se cache un homme : Joaquin Jimenez. Depuis une dizaine d’années, il est le graveur général de la Monnaie de Paris. Il est en charge de la direction artistique et dirige les ateliers d’arts de Paris et de Pessac, près de Bordeaux. Rencontre avec Joaquin Jimenez dans les coulisses de production des pièces et des médailles.
Avez-vous remarqué les nouveaux changements sur la pièce de deux euros ? Car en 2022, Joaquin Jimenez a pensé et dessiné les motifs de cette monnaie. Si on s’approche un peu plus près, des branches de chêne et d’olivier sont dessinées qui symbolisent à la fois la force, la solidité et la paix. Au centre d’un hexagone figurent l’arbre et la devise de la République française. Pour comprendre les messages transmis par la pièce de monnaie, il faut une première lecture, puis une seconde, voire une troisième.
Pour en arriver là, Joaquin Jimenez débute par des études de lettres et de beaux-arts, avant de passer des épreuves. Il en remporte un certain nombre : « Depuis la Révolution, je devais être le recordman des concours de la Monnaie de Paris », dit-il sourire aux lèvres.
À son arrivée dans cette institution, il est pris sous l’aile du maître graveur Émile Rousseau. Il le forme et lui montre les exigences de ce métier. À son tour, il devient le 27ème graveur général de la Monnaie de Paris.
Des collections uniques voient le jour chaque année
Sa profession demande un goût prononcé pour le dessin, le modelage, mais aussi la gravure. La réalisation d’une monnaie demande de la patience et de la précision.
Plusieurs métiers interviennent dans le processus de fabrication d’une monnaie et cela peut exiger plusieurs mois de travail : « C’est un sport d’équipe », dit-il. Chaque année, la Monnaie de Paris produit 25 pièces de collection.
Des heures de travail sont demandées pour réaliser des pièces et des médailles. Les graveurs doivent se montrer très attentifs aux détails
Des heures de travail sont demandées pour réaliser des pièces et des médailles. Les graveurs doivent se montrer très attentifs aux détails (©ML / actu Paris )
Des matériaux différents sont utilisés
Du bronze, du cuivre, de l’argent ou encore de l’or sont utilisés pour fabriquer une pièce ou une médaille. Plusieurs étapes sont nécessaires pour réaliser une monnaie. Tout commence par le dessin. Puis, la mise en volume est réalisée manuellement ou numériquement.
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Une fois cette étape terminée, elle passe dans une machine qui frappe les monnaies. Ensuite, le morceau de métal est poli pour lui donner des couleurs. Mise en capsule, la pièce n’a plus qu’à être mise en vente.
Le Petit Prince a aussi fait l'objet d'une pièce de monnaie ou d'une médaille
Des thèmes dans l’air du temps
Joaquin Jimenez s’empare de sa créativité pour élaborer de nouveaux dessins pour les pièces et les médailles. Il s’inspire d’univers moins traditionnels pour confectionner des monnaies : Harry Potter, Astérix, Tintin, les Schtroumpfs ou encore récemment le manga Naruto.
Si la surface d’une pièce n’est pas très large, cela ne pose aucun problème à Joaquin Jimenez pour laisser parler son imagination. Pour le graveur général de la Monnaie de Paris, dessiner dessus lui permet de raconter une histoire, une histoire qui peut être lue par le plus grand nombre.
C'est important de pouvoir transmettre un message artistique. Et ce qui est pratique avec une pièce, c'est que vous pouvez la prendre et l'emmener partout.
Joaquin Jimenez
Le personnage d'Astérix a aussi été réalisé en pièce d'or
Le personnage d’Astérix a aussi été réalisé en médaille par les graveurs
Véhiculer des valeurs
Joaquin Jimenez a dessiné les pièces de monnaie pour les Jeux olympiques et paralympiques 2024. Ses réalisations mettent à l’honneur le sport, ses valeurs, mais aussi les athlètes. Sur une des pièces de monnaie se trouve la Semeuse, un symbole fort dans la numismatique, portant des gants de boxe. Elle est placée devant le Pont-Neuf à Paris.
De l’autre côté est inscrit la devise de la France « Liberté, Égalité et Fraternité ». Le matériau utilisé pour la fabriquer est l’or. Le prix est fixé à 270 euros et 15 000 exemplaires ont été tirés. La pièce existe aussi en argent courant et a été produite en 50 000 copies au tarif de 15 euros.
Un choix qui fait réagir : « J’ai eu le droit à des commentaires négatifs quand j’ai ajouté des gants de boxe à la Semeuse, un symbole de la France, raconte-t-il. Mais aujourd’hui, les femmes sont actives, se défendent. Alors, c’est important de bousculer les codes. »
Lorsque l’on demande à Joaquin Jimenez sa monnaie fétiche, il répond spontanément qu’il pense déjà à sa prochaine réalisation. Alors son crayon n’est jamais loin de lui et reste toujours prêt à laisser parler son imagination.