Le trésor romain du Rhône menacé par des pirates sous-marins

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Le trésor romain du Rhône menacé par des pirates sous-marins
ARCHÉOLOGIE - Trois ans après sa découverte à Arles, une importante épave romaine attend toujours le retour des archéologues. Une urgence avec la menace des pillages et l'effet abrasif du Rhône.
L'archéologue sous-marin et directeur de fouille Luc Long observant une boucle de ceinture en or extraite du Rhône par son équipe du département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm).
L'archéologue sous-marin et directeur de fouille Luc Long observant une boucle de ceinture en or extraite du Rhône par son équipe du département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm).
Ce n'est pas encore l'or du Rhin, mais le trésor du Rhône ne manque pas de susciter la convoitise de pirates gaulois qui espéreraient plonger dans le Pactole. Découverte en octobre 2018 à Arles, dans les tréfonds du Rhône, la fabuleuse épave d'une barge romaine du IVe siècle est désormais menacée par l'intérêt croissant qui semble se manifester autour du site, après la diffusion d'un documentaire à son sujet en mars dernier. Enfoui sous les courants impétueux du fleuve arlésien, le navire attend, de saison en saison, le retour des archéologues sous-marins qui l'ont découvert il y a trois ans déjà. Alors que des intrusions ont eu lieu il y a quelques semaines dans l'entrepôt où repose une partie du matériel sorti du fleuve, les chercheurs attendent eux aussi, avec impatience, le feu vert pour revenir au plus vite sur le terrain. Et ils espèrent retrouver intact leur vestige subaquatique.

«On a eu successivement deux cambriolages entre le 1er et le 6 avril, se désole Luc Long, le responsable de la fouille. La première fois ils ont cassé une vitre et ont pu se servir en tendant le bras. La seconde, six jours après, ils sont allés jusqu'à enfoncer une porte». Par chance, le précieux trésor monétaire de l'embarcation - des milliers de pièces de monnaies romaines en bronze, en or et en argent datées du règne de Constantin II (337-340), ainsi que des lingots et divers objets précieux - ne s'y trouvait pas, entreposé depuis longtemps en lieu sûr. Les pilleurs sont repartis avec une part du mobilier archéologique récolté sur d'autres sites, des tessons de céramiques et des fragments d'amphore, pour l'essentiel. Pour le directeur de la fouille, aucun doute que ces intrusions ont pu être inspirées par la diffusion en prime time du documentaire Le Trésor du Rhône, sur France 5, consacré à la découverte initiale de l'épave. Malgré les précautions prises par le film pour ne pas divulguer l'emplacement exact du site, «il est clair qu'il a pu inciter des locaux, qui ont reconnu le bâtiment, à passer à l'action», avance l'archéologue, qui a lui-même participé, avec son équipe, au passionnant long métrage.

Les plongeurs du Drassm lors de la campagne de fouille de l'épave.
L'urgence face à des pillages nautiques endémiques
Chercheur au CNRS, ce spécialiste de l'archéologie sous-marine à qui l’on doit la découverte en 2008, de la tête dite du César d'Arles, s'inquiète aujourd'hui des possibles intrusions dont pourrait avoir fait l'objet l'épave elle-même. Interrompue depuis plusieurs années maintenant, la fouille de cette barge par les équipes du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), n'a toujours pas pu reprendre. Il est donc impossible de savoir si, comme l'entrepôt, le site a été visité par des personnes peu scrupuleuses. Comme l'explique Luc Long, ce retard des fouilles scientifiques s'explique par la pandémie, les inévitables «lenteurs administratives», ainsi que par les humeurs changeantes du Rhône qui ne facilitent pas la fouille de l'épave. «Le fleuve s'est montré plus hostile que les années précédentes. On est passé de 40 cm de visibilité, ce qui n'était déjà pas terrible, à 30 voire à 10. Or à 10 cm on ne peut plus continuer à travailler».

Quelques-unes des monnaies de Constantin II retrouvées dans l'épave romaine.

L'hostilité du milieu et des conditions inadaptées au travail archéologique ne dissuaderont sans doute pas les curieux les plus téméraires et les pilleurs chevronnés avec qui les chercheurs du Drassm ont déjà eu maille à partir par le passé. «Le pillage est endémique en mer et dans les fleuves, soupire le chef de chantier. On a déjà été amené à perquisitionner des pirates et à les prendre en flagrant délit avec, dans leurs cales, des vestiges soigneusement disposés dans des caisses». La perspective de voir la même chose se reproduire à Arles est d'autant plus effrayante que les monnaies romaines sont très loin de constituer l'unique intérêt du site : le bois de la barge est ainsi très bien conservé, et plus de 5 mètres de ce qui devait être une voile de l'embarcation en ont été exhumés, sans oublier son chargement de tuiles et de plomb. Tout ce trésor archéologique, et tout ce contexte scientifique, menace d'être tôt ou tard endommagé par des explorateurs en quête des seuls objets rutilants.

1/3 - Les boucles romaines en or découvertes dans le Rhône. Elles appartenaient à un cingulum, une ceinture militaire ornée de pièces en métal. 2ASM
Même s'il reste confiant, Luc Long préfère ainsi ne pas tenter le diable plus longtemps qu'il ne le faudrait : «Plutôt que d'écraser l'affaire, je préfère dire “activons !”. Il faut procéder à l'étude méticuleuse de ce site parce que le risque est grand, alerte-t-il. D’autant plus que, pour une fois, ce genre de site majeur est directement fouillé par les archéologues». Selon le chercheur, ces structures partiellement dégagées sont susceptibles de succomber aux ardeurs du fleuve, phénomène qu'il a déjà pu constater sur d'autres épaves dégagées par son équipe. «Certaines d'entre elles ont disparu depuis, par l'effet abrasif du Rhône, qui décape les berges et explose les gisements qu'il avait conservés jusque-là depuis 2000 ans», assure-t-il. Pour l'heure, les archéologues sous-marins du Drassm ne devraient pas revenir sur place avant le milieu de l'été au plus tôt, dès que leur projet collectif de recherche et leur demande de fouille seront autorisés par les services de l'État. «Cela demandait que j'élargisse l'axe de la pluridisciplinarité ; ce que j'ai fait, détaille Luc Long. Cela prend un petit peu plus de temps ; j'ai cru comprendre qu'une réunion allait se tenir à Paris sur cette affaire…».

Ancienne colonie romaine, Arles a longtemps été le port d'entrée vers la Gaule et, par extension, grâce à l'artère du Rhône, vers le Rhin, les aires germaniques et l'île de Bretagne. Son important espace fluvial et portuaire servait ainsi d'interface entre la Méditerranée et une grande partie de la sphère occidentale du monde romain, ce qui explique la vingtaine d'épaves retrouvées à Arles (et la cinquantaine découverte non loin de là, à Fos-sur-Mer). Contrairement à toutes les autres embarcations, la barge au trésor a toutefois été identifiée sur la rive gauche du fleuve où elle a dû sombrer après avoir été prise dans le courant incertain du Rhône. Elle a emporté avec elle sa précieuse cargaison, jetant dans les flots arlésiens les métaux sans doute destinés à être refondues dans les flammes de l'atelier monétaire d'Arles. Par un heureux hasard, cette même impétuosité du fleuve pourrait bien, en fin de compte, former le meilleur rempart face aux hypothétiques pirates. «Contrairement à notre entrepôt, le site de l'épave a une protection redoutable : le Rhône, glisse Luc Long, taquin. Et croyez-moi, il est beaucoup plus capricieux depuis quelques années». Rhodanus, ainsi que les Romains désignaient le fleuve, garde ses secrets avec beaucoup d'adresse.
Celui qui pose une question risque de paraître sot pendant cinq minutes, mais celui qui n'en pose pas restera sot toute sa vie.
Merci pour cet article intéressant.
Mais quel dommage, plus de 3 ans et c'est toujours pas fini. Malgré la lenteur administrative française qui est bien connue, comment cela est possible ? Effectivement il faut jouer avec les caprices du Rhône mais tout de même. La fonction publique devrait prendre parfois prendre exemple sur le privé, aucune entreprise ne pourrait se permettre de laisser traîner un chantier aussi longtemps...
bonjour

les programmes de fouilles se font sur plusieurs campagne et sur plusieurs années, voir même plusieurs décennies

la culture est le parent pauvre du budget de l'état et la crise du covid ne va pas arranger les choses !
Celui qui pose une question risque de paraître sot pendant cinq minutes, mais celui qui n'en pose pas restera sot toute sa vie.
Quote: "Boboge"​Merci pour cet article intéressant.
​Mais quel dommage, plus de 3 ans et c'est toujours pas fini. Malgré la lenteur administrative française qui est bien connue, comment cela est possible ? Effectivement il faut jouer avec les caprices du Rhône mais tout de même. La fonction publique devrait prendre parfois prendre exemple sur le privé, aucune entreprise ne pourrait se permettre de laisser traîner un chantier aussi longtemps...
​Malheureusement si...
Et c'est toujours pour 2 raisons majeures qui peuvent se cumuler : le financement ou la politique (qui est beaucoup plus forte qu'on ne le pense en entreprise !)

Je suis en revanche surpris qu'il ne soit pas mis en place en rivière (ou fleuve) des techniques de ré-enfouissement adaptées aux conditions de débit. Il suffit de 2 ou 3 "mauvaises années" avec des conditions météo qui rendent impossibles les fouilles pour se retrouver dans la problématique actuelle de chantier qui traine. Et d'après l'article, ce n'est pas la 1e fois puisqu'on nous y explique qu'il est déjà arrivé de voir disparaître le site archéologique !
La Recherche aurait beaucoup à gagner si l'Europe se construisait aussi là-dessus, avec des projets collaboratifs et des partages de connaissances et de techniques. Il n'y a pas de raison que dans le Danube, le Rhin, le Po... il n'y ait pas ces problématiques de site immergé à sauver du ravage des eaux. Et ça, c'est politique, et pas forcément gouvernemental.
Je cherche des féodales : n'hésitez pas à me contacter !
Ma liste de double est très incomplète : dites moi ce que vous cherchez.
Bonjour ALM, pour ces informations, je viens de le lire sur le journal ce matin, mais beaucoup moins détaillé
Bonne journée
petite expérience perso dans le rapport entre les entreprises et les archéologues:
Sur un chantier de la région aixoise le creusement des fondations a mis à jour des pièces de monnaie en bronze de l'époque gallo romaine.
Le patron de l'entreprise de maçonnerie a demandé à ses gars de venir préparer le ferraillage durant le week end et surtout de se taire, et il a commandé le béton pour couler les dites fondations au plus vite.
A l'époque je ne comprenais pas le pourquoi de cette précipitation.
Le lundi après midi on a vu débarquer un véhicule de la gendarmerie et un autre civil. Des gens du patrimoine, documents à la main
ils ont arrété le chantier pour organiser des fouilles. Un salarié avait du parler.
Pour faire court, le chantier à pris plus de deux mois de retard au grand dam du client et des entrepreneurs que nous étions. (maçon , électricien, plombier et peintre).
Il a fallu attendre encore plusieurs mois pour toucher des clopinettes en guise de compensations financières. J'étais jeune artisan, presque sans trésorerie, et une semaine auparavant j'avais refusé de prendre un autre chantier sachant que je ne pouvais pas mener les deux en meme temps. Résultat deux mois d'activité tres réduite en plein été et petite baffe financière pour faire court pour tout le monde y compris le client.
Alors oui a la défense du patrimoine mais dans des conditions financières qui ne mettent pas en péril les entrepreneurs et leurs salariés.
Le musée de Arlaten, en Arles regorge d'Antiques, ils ne savent plus ou les mettre, si vous passez par la, allé le visiter, c'est une merveille, ça vaut le détour.
C'est un autre soucis de la législation : tout ce qui est entré en inventaire d'un musée ne peut pratiquement pas en sortir sans des tracasseries administratives interminables.
L'objectif louable est d'éviter les ventes "à l'amiable" et le pillages autorisé des réserves.
Les conséquences sont multiples :
- les réserves croulent sous des monceaux de mobilier de fouilles sans intérêt
- certains sites ne sont que partiellement fouillés en raison de la quantité de mobilier qui serait à gérer (stockage, entretien...)
- un budget considérable est affecté à des entrepôts dont le contenu n'a plus d'intérêt une fois les études réalisées.

3 exemples de ces aberrations :
a- des navires antiques chargés d'amphores dont le contenu reste sous la mer pour éviter d'avoir à inventorier, dessaler, neutraliser, restaurer et stocker des milliers d'amphores qui resteraient dans un hangar qu'il faut lui-même entretenir, surveiller, éclairer, etc... Info venant d'une amie qui participe à des fouilles en archéologie sous-marine.
b- les animaux naturalisés ou les peaux, issus d'espèce protégés et saisis par les douanes : ils sont transférés à des musées qui tentent de les refuser pour éviter d'avoir à supporter le coût de stockage et d'entretien de ces matières organiques sensibles à la lumière, l'humidité, aux changement de température...
c- le meilleur pour la fin : un musée a demandé à un stagiaire (ou CDD... je ne sais plus, personne qui aurait dû être plus encadrée en tous cas) de faire l'inventaire d'une partie des stocks. Le stagiaire consciencieux a inventorié scrupuleusement ce qui était dans les étagères (n° étagère, rayon, emplacement...). Après la fin de son travail, il a été constaté qu'il avait inventorié un carton découpé à la forme d'un objet qui était en prêt dans un autre musée. Le carton, avait pour but de ne pas prendre la place de l'objet en prêt. Trop tard... Trop de paperasseries administratives pour revenir en arrière : le carton a été intégré à l'inventaire !

En contrepartie, plus les inventaires sont chargés et complexes et plus leur maintien est difficile. J'avais lu il y a quelques années un article sur la "disparition" des objets dans les réserves des musées qui représente une quantité assez importante des objets inventoriés. 10% de mémoire. Cela inclut tant les vols que les pertes en raison de conditions de stockage inadaptées que les prêt non déclarés à d'autres musées qui en font leur propriété au bout d'un moment (musée privé, public, étranger)

Les affaires archéologiques pourraient organiser la dispersion d'une partie du mobilier courant qui a déjà été étudié et dont l'intérêt historique est négligeable. Cela permettrait de financer des campagnes de fouille, réduirait les charges liées au stockage et à l'entretien, permettrait aussi d'aller plus avant dans certaines campagnes de fouilles sans avoir la peur de la gestion du stock qui en découle.
Et cerise sur la gâteau : une partie du trafic illicite serait court-circuité. Si la Drac met sur la marché 10.000 amphores, les pilleurs n'auront plus de client pour ce produit-là.
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Ma liste de double est très incomplète : dites moi ce que vous cherchez.
bonjour

et puis les musées ont dans leur réserves des tas d'objets accumulés qui devraient être normalement tous référencés

Et que dire lorsqu'une trouvaille monétaire de 30 000 monnaies qui n'a jamais pu être étudiée dans son ensemble faute de moyen et de temps (exemple bidon mais on ne doit pas être loin de la vérité) est délaissée dans un coin ou au mieux sous une simple vitrine avec juste un petit écriteau très sommaire ...
Celui qui pose une question risque de paraître sot pendant cinq minutes, mais celui qui n'en pose pas restera sot toute sa vie.
C'est parce qu'ils savent que sur Numista il faut impérativement un post par monnaie:8D:P
sans oublier les PDM : trop de boulot !
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