https://premium.courrier-picard.fr/id190597/article/2021-05-08/un-tresor-amienois-disperse-aux-encheres-paris
Un trésor amiénois dispersé aux enchères à Paris
Une rare collection de pièces frappées dans l’atelier des monnaies d’Amiens, fermé en 1772, sera dispersée aux enchères mardi 11 mai. Sa valeur a été estimée entre 75 000 et 80 000 euros.
Il s’agit du lot 272, un lot de 7 monnaies de bronze (Louis XIII 1610-1643), estimé entre 150 et 250 euros.
Frédéric Ferrer, clerc chargé des estimations à la maison Rossini, a supervisé en amont la dispersion de la collection de pièces frappées à Amiens.
Il faut se plonger dans les archives en ligne du cercle numismatique picard, un club de passionnés, pour comprendre combien Amiens (Samarobriva à l’époque antique) a été une cité riche pour la numismatique.
Le lot 282 : un demi écu à la mèche longue 1653 X (Louis XIV 1643-1715), estimé entre 200 et 300 euros.
« En 1578, Henri III ouvre un hôtel des monnaies dans la ville d’Amiens. Cet atelier est destiné à assainir la circulation monétaire dans la province-frontière de Picardie. Sous Louis XIV, la frontière du royaume se déplace vers le nord et l’atelier voit alors son rôle diminuer jusqu’à une disparition de fait vers 1755. L’atelier est définitivement fermé en 1772 », retrace ainsi le club. « Mais la frappe de pièces est bien plus ancienne que cela à Amiens », assure Frédéric Ferrer, clerc chargé depuis dix ans des estimations pour la maison parisienne de ventes aux enchères Rossini. Natif d’Amiens, où il a toujours des attaches, c’est avec beaucoup d’enthousiasme qu’il parle de cette exceptionnelle collection de pièces picardes, frappées dans l’atelier d’Amiens, qui sera dispersée aux enchères mardi 11 mai, rue Drouot, à Paris. « Cette collection est le fruit d’une quête de 20 ans d’un collectionneur numismate anonyme, originaire de Picardie, qui a écumé toutes les salles de vente et sites spécialisés à la recherche de ces monnaies utilisées pour le commerce en Picardie. »
Quatre exemplaires de Salut d’or Henri VI frappés à Amiens
Le lot 255 : Henri VI d'Angleterre (1422-1453). Salut d'or frappé à Amiens (Agnel Pascal). Il est estimé entre 1800 et 2500 euros.
Au total, un peu plus de 150 lots de cette collection seront mis aux enchères pour une valeur estimée entre 75 000 et 80 000 euros. « Certaines des pièces présentées sont dans un état exceptionnel et devraient être très disputées. Il s’agit notamment de quatre exemplaires de Salut d’or Henri VI (1422-1453) à l’Agnel Pascal frappés à Amiens, et estimés entre 800 et 2 500 euros. Ces pièces, qui évoquent le riche passé monétaire amiénois, devraient se placer dans le top 10 des pièces de collections numismatiques présentées ce jour-là », détaille Frédéric Ferrer. Pour lui, l’engouement pour les pièces de monnaie ne s’est pas démenti avec la crise sanitaire. « Au contraire, c’est un marché très dynamique qui attire beaucoup de collectionneurs passionnés en quête d’une monnaie régionale d’une époque particulière. Et les ventes ont continué à très bien fonctionner même durant le premier confinement lorsqu’elles se déroulaient uniquement en ligne. Je dirai même que certains s’y sont mis à ce moment-là : ils avaient plus de temps et un pouvoir d’achat plus important puisqu’ils ne faisaient plus de sorties et n’allaient plus au restaurant. »
Droit de préemption
Mais outre les collectionneurs, ces lots intéressent aussi très souvent les institutionnels. D’ailleurs, en tant que chargé de la vente de cette collection, Frédéric Ferrer indique avoir aussi contacté en amont les Archives de la Somme pour les prévenir de la future dispersion. « Mais cette collection n’entre pas dans leur domaine de conservation. Mais il peut arriver qu’une ville fasse valoir, après une vente adjugée, et selon l’intérêt de la collection, son droit de préemption pour le compte d’un musée ou d’une autre institution. Cela nous est déjà arrivé avec le musée de Nantes par exemple qui souhaitait acquérir une pièce assez rare qu’ils avaient en cuivre dans leur collection mais pas en argent. »
Si la vente se déroulera bien physiquement rue Drouot, avec une jauge sanitaire définie et réservation obligatoire, elle sera aussi accessible depuis les sites en ligne interencheres.com et drouotonline.com.