Perso j'ai vu VieillePile légèrement déraper en mode énervé sur un sujet d'actualité économique si j'ai bonne souvenance

Sinon pas mal ta liste de coloniales VP 👍
Connaissez-vous la célèbre pièce de 20 kreutzers frappée au revers du "K" de Kerveguen ? 😀
Voici le récit :
La saga des Kerveguen : La fumeuse affaire des kreutzers
« Homme d’affaires entreprenant, Gabriel de Kerveguen a sa solution à la crise monétaire du milieu du XIXe siècle qui résulte de l’abolition de l’esclavage : pour faire face au manque de numéraires, il importe et met en circulation 227000 pièces de 20 kreutzers (ou “zwangziger”) démonétisées par les Habsbourg. On en retrouvera... 814000.
L’abolition de l’esclavage en 1848 pose problème aux Kerveguen pour rémunérer les engagés indiens qui doivent remplacer le millier d’esclaves des domaines. Ils refusent d’être payés en billets ou en bons, dans lesquels ils n’ont pas confiance. Ils exigent de l’être en monnaie sonnante, comme ils en avaient l’usage en Inde. “Ces Indiens, habitués aux roupies d’argent de leur pays, se montraient assez intransigeants sur la qualité de la monnaie dont on les payait”, écrit André Bernot, directeur de la station des Câbles, dans son article “
L’affaire des kerveguen ou un incident très imprévu de la réforme monétaire de 1879”. Or, il n’y a pas beaucoup de numéraires dans l’île. Avec l’augmentation des champs de canne, les Réunionnais produisent de moins en moins de cultures vivrières et deviennent de plus en plus dépendants des importations. Les engagés veulent du riz à la place du maïs, et comme il n’y en a pas, il faut en importer. Alors, comment faire ? Si un ensemble hétéroclite de monnaies circule, elles sont vite thésaurisées ou réexportées, puisque les commerçants de l’Inde n’acceptent ni traite ni effet de commerce sur l’île. Les échanges commerciaux réunionnais avec l’Inde, Madagascar et les autres pays de la zone étant à sens unique, ils provoquent un déséquilibre monétaire à l’intérieur de la colonie. L’érosion monétaire se fait cruellement sentir dans les “boutiques” et dans les transactions commerciales diverses. Avant même de proposer une solution au conseil privé de la colonie, Gabriel Le Coat De Kerveguen laisse des instructions bien précises à son mandataire financier à la Réunion, l’agent de change Armand Gamin, et se rend en Europe, début 1859, avec une idée derrière la tête. Il a appris que les Autrichiens ont retiré de la circulation les kreutzers, pièces qui ressemblent beaucoup à celles des deux francs français, moins épaisses toutefois, d’un poids et d’un titre moindres. Il achète - au poids du métal - 227 000 pièces de 20 kreutzers (de leur vrai nom “zwanziger”, de “zwanzig” = vingt) frappées des effigies des rois et empereurs de la dynastie des Habsbourg qui ont régné entre 1755 et 1848, notamment celle de l’impératrice Marie-Thérèse, de Joseph II, de François II et de Ferdinand II. Sur leur revers figure l’aigle bicéphale surmonté d’une couronne, emblème du Saint-Empire, le chiffre 20 dans un cartouche et le millésime. Selon l’annuaire du Bureau des longitudes, ces pièces pèseraient 6,682 grammes et sont composées pour 57,2 % d’argent, 42% de cuivre et 0,8% d’or. Cette présence infime d’or s’explique par une antique et pieuse coutume des croyants qui consiste à jeter dans les bains en fusion, destinés à la fonte des vieilles cloches, des bagues, des croix, des chaînes ou des médailles en or. En fait, le poids de ces kreutzers a varié au fil des ans : 6,315 grammes en 1804 et 6,630 grammes en 1845. Devant le fait accompli Les caisses remplies de ces pièces devancent Gabriel et arrivent à la Réunion en juin 1859. Les services de douane les laissent passer sans aucun problème, puisque ce sont des marchandises de M. Gabriel. Lors de la séance du Conseil privé de la colonie du 11 juillet 1859, Gamin expose l’idée de son patron de les faire circuler dans l’île. Devant le fait accompli (les pièces sont déjà là et même présentées au Conseil), la plupart des vénérables membres n’apprécient pas ce tour de force et manifestent vivement leur désapprobation, d’autant que M. Gabriel n’est pas là. Certains soulignent, à juste titre, qu’une telle autorisation relève de l’État français et non d’eux. Après une séance houleuse, le gouverneur Darricau endosse la responsabilité, en trouvant des garanties “plus que suffisantes dans l’immense fortune de M. de Kerveguen”. En effet, cette fortune est estimée alors à plus de trente millions de francs or. Une somme considérable, quand on sait que celle de Mme Desbassyns (disparue en 1846) était à la même époque équivalente à 1 600 000 francs or, et que, sur le plan métropolitain, à l’exception peut-être de M. de Rothschild, personne d’autre n’en possède autant ! Le 20 juillet 1859, le directeur de l’Intérieur fait paraître un avis qui autorise l’introduction des pièces dans l’île. Sans en déterminer la valeur, sans leur conférer de cours légal et sans obliger les dépositaires des deniers publics de les recevoir dans leurs caisses. Le gouvernement de l’île ne veut pas se mouiller davantage. Trois jours plus tard, comme si tout cela était prévu, un autre avis émanant cette fois-ci de la société de M. Gabriel paraît dans les journaux. Il informe le public que les pièces ont la valeur de leur prix de revient, c’est-à-dire un franc français. On ne saura jamais le prix réel payé en Autriche. Ce qu’on sait, c’est qu’après expertise leur titre réel au moment de la mise en circulation n’excède pas 86 centimes. Tenant compte uniquement de cela, cette opération aura généré un bénéfice de 38 590 francs à l’établissement Kerveguen !
Des pièces surévaluées
Dans l’île, les pièces autrichiennes sont donc surévaluées de près de 20 %. Une lettre “K” est frappée au revers de certaines pièces à coups de marteau, pour marquer le seul signe distinctif de la nouvelle monnaie. Il faut comprendre aussi qu’en payant ses Malabars, Bengalis et Telingas avec sa propre monnaie Kerveguen les incite à les dépenser dans ses propres magasins, où cet argent est le plus facilement accepté. Cette monnaie Kerveguen connaît un très grand succès, d’abord dans le Sud où se concentre l’essentiel des activités de la puissante famille, puis dans tout le reste de l’île. En juillet, Gabriel revient à la Réunion pour voir comment se porte “sa” monnaie et pour étayer encore d’autres projets ambitieux. Toujours dans le but de pallier le manque de numéraires et de régler les besoins du commerce extérieur. Très contesté par la majorité des membres du Conseil, qui lui reprochent toujours son tour de force, il s’en retourne presque aussitôt vers la métropole, pour défendre ses idées directement avec le ministre, voire même le président. De petits malins fortunés (ou les Kerveguen eux-mêmes ?), voyant qu’ils peuvent faire 20% de bénéfice en important eux aussi des kreutzers, le font sans en demander l’autorisation au Conseil. Vingt ans après, en 1879, pas moins de 814 000 pièces circuleraient dans toute l’île ! Or, depuis six ans, la France applique sur tout son territoire un nouveau système monétaire. Sauf à la Réunion, où persiste une situation spéciale assez délicate. Après beaucoup d’hésitations, un décret est signé le 2 avril 1879, qui englobe la Réunion au système national. En mission dans l’île pour expliquer cette réforme, le trésorier-payeur général des Bouches-du-Rhône, un certain Imhaus, délégué par le ministre des Colonies, apprendra avec stupeur l’existence de la monnaie Kerveguen. Le décret prend acte le 10 mai : la monnaie Kerveguen devra être retirée de la circulation dans un délai de vingt jours. Aussitôt, elle commence à être refusée partout et se déprécie rapidement, provoquant des scènes de panique et des manifestations virulentes. La police supplie les commerçants de laisser leurs boutiques ouvertes et d’accepter les kerveguens. La maison du mandataire de Gabriel est assaillie par la foule en colère, qui réclame le remboursement. Certains spéculateurs les échangeront pour... deux sous. Autant dire que le commerce intérieur s’est arrêté.Économie paralysée Cela a sans aucun doute porté un coup terrible à l’économie des ménages, et, par extension, à celle de l’île. Cette période d’incertitude et de désarroi sera prolongée de presque deux mois, suite aux protestations des Kerveguen à cause de la différence importante du nombre avoué de pièces introduites (227 000) et de celles récupérées (814 000). Ainsi, durant quatre mois (d’avril à juillet 1879), l’économie réunionnaise se voit presque paralysée. Presque, car parallèlement circulent toujours dans l’île des piastres espagnoles, des roupies et autres pagodes indiennes. Bien entendu et logiquement, les Kerveguen ne peuvent répondre que du nombre de pièces introduites par eux, mais le problème est complexe : beaucoup de colons ont constitué de petits bas de laine en kreutzers depuis longtemps et au prix de grands sacrifices. Ne pas faire l’échange de la totalité de cette monnaie en circulation signifierait leur voler des années de travail et d’épargne. Dans l’impossibilité de débusquer les petits malins qui auraient introduit le surplus, le tribunal de Saint-Pierre juge les Kerveguen responsables de l’existence de cette monnaie dans l’île et exige d’eux, en juillet 1879, le remboursement de la totalité alors en circulation. Bien entendu, cela suscite les plus grandes protestations de la part de la famille, visiblement spoliée. Devant cette situation inextricable, elle fait amende honorable et paye scrupuleusement toutes les pièces ramenées au trésor de la Colonie. Mais cela leur restera à jamais en travers de la gorge. Cette affaire n’aura en somme pas vraiment porté atteinte à la stabilité financière des Kerveguen : ils ont réalisé vingt ans durant de substantiels bénéfices grâce à la circulation de leurs kreutzers bénis. En fait, c’est moralement que l’affaire aura porté un sérieux coup aux héritiers de Gabriel. Il en fallait néanmoins beaucoup plus que ce revers pour qu’ils mettent genou à terre. Les Kerveguen remontent la mauvaise pente et repartent de plus belle dans une industrie où tout paraît leur sourire. La faillite économique qui touche l’île dans les premières années du XXe siècle poussera les descendants du grand Gabriel à se séparer de leurs domaines après la première guerre mondiale et à regagner la métropole, où leurs affaires sont bien importantes que celles qu’ils possèdent à la Réunion. Même si leurs seize usines et propriétés locales pèsent l’équivalent de... treize millions de francs or. »